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s'installe. Sur la place du village, dans le pré
ou sur le champ de foire, c'est la joie des retrouvailles.
Les discussions animées dissimulent mal
une certaine inquiétude ambiante. On attend les
marchands, la tension monte. A l'heure prévue,
tôt le matin, ils arrivent et se fondent déterminés,
entre les lots de bourras bien rangés. Les transactions
n'aboutissent pas dès le premier passage des courtiers.
C'est l'attente. Les propositions discrètes se
font de plus en plus pressantes, les producteurs résistent,
l'enjeu est important. L'on finira par conclure. Difficile
en effet de s'en retourner avec la marchandise, de la
stocker et de la surveiller une année encore. La
fleur de tilleul est fragile, délicate.
Et puis, qui peut savoir de quoi demain sera fait
? Le petit billet tendu d'une main vers l'autre engage
définitivement les partenaires et indique bien
que le compromis est trouvé.
Satisfaction et soulagement se lisent maintenant
sur les visages dont les traits se décrispent peu
à peu.
Cueillette de la fleur, fruit d'un long travail...
Est-il récompensé à sa juste mesure
? Puis vient la pesée, bonheur des touristes qui
se précipitent; les appareils photos crépitent.
Des clameurs s'élèvent çà
et là, autour des tables dressées pour le
Castillou traditionnel.
Les camions bondés s'en vont - ils remplacent
les charettes - on reviendra l'année prochaine
; cela dure ainsi depuis bientôt deux siècles. |
| Jacques Mourier. |
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